« Yes, yes, je commence demain…» (3)

Un vendredi soir de novembre, il doit être 20h, une jeune femme m’appelle pour savoir si je suis toujours à la recherche d’un stage.
La personne au bout du fil travaille pour la chaîne où tout le monde rêvait de travailler.
Je me précipite pour lui dire que bien évidemment je suis disponible.
Le rendez-vous est pris, je dois me présenter à 11h lundi matin.
Je ne dors pas du week-end : je suis toute existée d’aller travailler au sein d’une chaîne de télévision où je vais pouvoir me former : tout voir et tout comprendre de A (le concept de l’émission)
à Z (la diffusion).
Lundi matin 11h, je me trouve devant la directrice de production : qui, je ne vous cache pas m’impressionne .
Elle me dit que finalement elle ne recherche plus de stagiaire, la personne qui devait partir…Ne part plus.
Je suis restée la bouche grande ouverte (première chose bizarre !!! Oui ok, j’avais encore rien vu, je rappelle juste que j’avais 21 ans).
En 2 minutes, je me retrouve sur le trottoir : direction : retour à la maison.
Arrivé chez moi, le téléphone sonne : « Oui, c’est la directrice de production, finalement, on aurait besoin de toi ».
Ni une ni deux, je repartais dans l’autre sens pour occuper mes nouvelles fonctions :
Allez chercher 100 capotes pour un sketche et demander une facture. Courrir dans toute la capitale pour trouver les accessoires dont les animatrices avaient besoin pour l’émission.
Bien souvent, les accessoires que l’on me demandait de trouver le lundi avaient une faculté incroyable de changer dix fois dans la semaine.

Je me trimballais dans les bus, les métros avec des accessoires plus farfelus les uns que les autres. Les passagers me regardaient avec un air décontenancé, mais moi, j’étais heureuse, je
travaillais à la télé.
J’adorais voir les accessoires que j’avais trouvés sur le plateau lors de l’enregistrement.
J’avais l’impression que j'y mettais un peu ma patte !
Autre fonction :
coiffer des perruques tout en demandant la construction d’un âne à deux têtes aux personnes qui travaillent à la déco.
Faire 20 exemplaires de conducteurs (mot très fun pour dire : le déroulement de l’émission) à 23 h le vendredi pour un enregistrement d’émission le lendemain, samedi.
Ah travailler, le week-end à la télévision, c ‘est fun ! Nous sommes loin des 35 heures. C’était souvent la grande blague entre nous :
« C’est quand le week-end ? »
Un vrai boulot de « petites mains », mais avec 20 doigts… Mais je n’ai jamais autant ri de toute ma vie.
Mais je n’ai jamais retrouvé une telle ambiance : dans la journée, l’équipe de l’émission préparait leurs sketches, dans les couloirs, les toilettes…
Certains filmaient ces sketches dans ces mêmes endroits et même dans la rue : on mettait l’ambiance dans tout le quartier.
Des souvenirs incroyables. Si le directeur de l’époque lit mes lignes ( on ne sait jamais !), je souhaiterai l’inciter à reprendre la même équipe et remonter une chaîne de télévision.
Bon ok, les gens étaient mal payés, mais on se formait, comme dans une école.
Moi, j’aurais payé pour vivre ce que je faisais.
Une ambiance de folie, une grande famille, un direct d’une heure tous les soirs, une effervescence à toute épreuve.
Je rencontrais des gens nouveaux tous les soirs ! C’est pourquoi, j’ai toujours aimé le direct.
Mais le must dans mes fonctions de stagiaire sur cette chaîne, c’est le jour où l’on m’a confié l’organisation d’un casting pour trouver un SLIPMAN… Oui, oui, vous avez, bien entendu : un type
en slip qui devait rester dans cet habit pendant toute la durée de l’émission.
Mais la crise de rire pour appeler les agences de mannequin :bah, oui, on travaille à la télé, les gens doivent être beaux, vous n’avez pas remarqué ?
j’ai passé une journée entière enfermée dans une loge à demander à des hommes de se déshabiller !!!!! Et ce n’était pas tous des BRAD PITT, même l’un d’entre eux, qui n’était pas mannequin mais
acteur dans les films érotiques du dimanche soir, m’a annoncé qu’il n’y avait pas de souci pour qu’il se déshabille puisqu'il ne portait pas de sous vêtements. « STOP ! C’est bon merci, on
vous rappellera ».
Ah oui, des bons souvenirs comme des mauvais, où après des journées entières à courir partout vous nettoyez les loges après l’enregistrement des émissions où vos animatrices préférées ont laissé
les loges comme si vous aviez une colonie de vacances.
Si je vous dit 9 filles sur un plateau !!! Toutes des copines !!!!
C’est à ce moment où j’ai compris ce que voulait dire conflit entre la prod et l’édito :
La production : ce sont les gens qui détiennent les sous et ne veulent surtout pas en dépenser un de plus et qui n’y connaissent rien sur le terrain (au bout de 10 ans, je peux vous dire que
parfois c’est vrai mais c’est aussi faux! car les gens qui travaillent en production ont souvent été sur le terrain auparavant). Le métier de producteur ou directrice de production, c’est avant
tout gérer tous les problèmes pour que l’émission existe.
Il y en a des biens et des moins bien : comme partout!
On définit un budget et il faut s’y tenir. Sauf que le plus souvent le budget n’est pas faisable par rapport à la réalisation du programme.
Les enregistrements s’enchaînaient et les conflits aussi.
Je finissais de plus en plus tard, c’est à ce moment-là que j’ai découvert le mode de transport totalement télé : le taxi !
Heureusement que nous étions remboursés, en même temps normal quand vous rentrez à 3 heures du mat ou que vous êtes allés chercher 6 paires de ski, 3 snow, 10 blousons, 10 paires de chaussures
toute seule pour une émission spéciale « sport d’hiver ».
Vous êtes fatigué, vous avez couru sur le plateau, dans les loges toute la journée et comme le taxi qui vient chercher pour vous ramener chez vous est commandé par la chaîne qui appartient à un
grand groupe ! Et bien, le chauffeur vous demande comment il peut réparer son décodeur !
Génial, pour lui expliqué que vous ne travaillez pas comme technicienne réparateur de décodeur!
L’émission a duré quelques mois, mais face aux conflits entre les animatrices et la production, elle s’est arrêtée.
Par conséquent, plus de travail pour moi.
Mais non ! J’ai décroché une nouvelle série d’émissions en tant qu’assistante de réalisation : soit 10 modules sur deux femmes de joueurs de foot en train de faire les fofolles : super expérience
et 2 nanas sur 1 plateau, ce n’est pas 9.
Tout était de bric et de broc dans cette chaîne, mais qu’est ce que je me suis éclatée.
L’équipe de production était contente de mon travail et m’a recommandée auprès d’une personne travaillant pour un groupe de chaînes musicales étrangères.
Triste de quitter une équipe très sympa, je partais pour d’autres aventures et commencer ma carrière d’intermittente du spectacle au service de production .