La directIONE de productIONE(13)
A cette époque, je suis tout de même devenue moins naïve, il était temps me direz-vous.
Mais je suis indépendante, donc il faut travailler pour pouvoir payer son loyer !
Le directeur des programmes a commandé cette nouvelle émission à une production extérieure avec par conséquent un producteur !
Connaissez-vous ou savez-vous à quoi ressemblent les producteurs ?
Vous en avez des très sympas, mais il y en a d’autres : mon Dieu, existe-il une école officielle de producteurs télé ???
Parce que ce producteur, alors là, c’était le bouquet.
Si je vous dis Robert Smith? avec l’accent du midi : vous allez me répondre, non ce n’est pas possible.
Ce n'est pas très gentil? Peut être !
Mais, quand vous allez bosser avec lui 20 heures sur 24, je vous le rappelle.C'est important!
Mais le pire était à venir, un fou, un despote, un dictateur qui était capable de faire trembler tout un plateau de tournage et même faire pleurer des hommes de son équipe: pathétique !
Je me suis souvent revendiquée comme passionnée mais pas malade pour accepter tout ça.
Je suis en train de parler d’une émission pour enfants !
Mes journées étaient aussi mes nuits, j’étais payée 10 jours sur 20, je n’avais aucun week end, aucune soirée, une vie magnifique, quoi !
Les années passent mais rien ne change à ce niveau là.
Je crois que le pire jour pour moi et pour lui a été le jour où je faisais passer des entretiens à des personnes venues pour un stage.
Ce jour-là, j’ai passé ma journée face à des jeunes qui ne voulaient pas travailler le week end, pas après 19h et demandaient combien ils allaient toucher comme indemnités.
Toujours le même jour, il devait être 18h30, donc début d’après-midi pour le monde merveilleux de la télévision.
Je faisais passer le dernier entretien à une jeune femme, et là, qui entre dans le bureau ? Mon Robert Smith avec son accent du midi totalement défoncé et bourré. Oui ! le mélange n’est pas
terrible.
Comme il faisait l’aller-retour toutes les semaines entre Paris et la province, il était souvent accompagné d’une petite valise à roulette.
Il arrive dans le bureau en titubant, la valise s’ouvre, on se serait cru dans un film de Louis de Funès : ce n’est pas des sous-vêtements ou une brosse à dents qui a roulé jusqu’aux pieds de la
jeune femme qui venait pour un stage, mais deux bouteilles de KRONENBOURG !

Ma tête par dépit est tombée sur le bureau et je me suis dit mais comment je vais
faire la saison avec un producteur pareil !!!!????
La réponse : j’ai tenu une saison et une seule .
Ça m’a paru long…long….
Heureusement que j’avais une équipe sympa !
Mon fameux Robert Smith a tenté 1 fois de me faire craquer, mais il n’a pas réussi.
Pour cette expérience, je n’ai pas fini par pleurer aux toilettes.
Il me faisait vivre un enfer !
Mais, il ne faut pas se plaindre, c’est la télé !
J’ai 25 ans et je suis directrice de production !!!Wahou !!! C’est ironique, la marmite commence a être pleine.
Bref, nous devions être fin Juin, les vacances approchaient ou plutôt mon lit enfin se rapprochait.
Mon Robert Smith s’est vu étonné de savoir que je serai absente comme tout le monde dans la télé après une saison bien chargée : 1 mois d’absence après 230 jours non stop!
1 mois par an, il est vrai que dans la télé ça peut paraître long !
Il m’a refusé mes congés et a commencé à m’insulter !
Et bien trop, c’est trop !
Personne n’est irremplaçable, mais à partir de ce jour, je me suis promise d’arrêter la production.
